07 octobre 2008

La possibilité d'une île (roman)

Avant d'aller voir le film de Houellebecq (s'il reste encore quelques jours sur les écrans) retour sur le roman dont il est l'adaptation.

Daniel est un comique un peu cynique, assez tendance. Le sexe est pour lui un principe de vie. En vieillissant, il réalise la marchandisation des corps. La jeunesse qu'il convoite lui est de plus en plus inaccessible. Il se laisse peu à peu approcher par une secte aux accents Rahéliens, dont les recherches visent au clonage. et donc, à la vie éternelle. Roman structuré par aller-retours entre le récit de Daniel et celui de ses descendants (ses clones) vivant dans un monde post-apocalyptique une vie aspetisée et solitaire. Le texte évoque la perte volontaire de nos caractéristiques animales, de nos passions, pour finir par le constat d'un retour du nième descendant de Daniel à cette poésie du réel et du risque.
On pourra regretter certaines légeretés du style, pour finalement apprécier un texte qui soulève des questions un peu plus intéressantes que celle des nombrils germanopratins.
La possibilité d'une île est un roman imparfait, parfois un peu dilué, mais qui concentre les problématiques de notre condition.

Le Littérroriste

05 octobre 2008

China Gold au musée Maillol

Le musée Maillol est de ses institutions qui posent question. Une question jamais résolue, vite oubliée, qui resurgit à chaque visite. Ce musée est-il réellement adapté à l'affichage d'eouvres contemporaines.
Il est aujourd'hui de bon ton de faire l'apologie du mélange à tout prix, du cross-over, comme si ces croisements étaient toujours fertiles, comme si, au final, ils n'aboutissaient pas aussi parfois à une perte de sens, une aseptie radicale.
Questionnement qui, donc resurgit avec cette exposition consacrée aux enfants terribles de l'art contemporain chinois. China Gold met en scène 35 artistes dans des domaines variés.
Au final, c'est sans doute, et paradoxalement, dans l'art numérique que l'exposition nous étonne le plus. Photographies surréalistes, mises en scène de manière méticuleuse, photographies qui nous content l'envers du décor, la réalité et les difficultés de la Chine réelle. On s'étonne finalement de retrouver un point de vue - une esthétique - très occidental, mais c'est oublier que nombre de ces artistes sont passés par l'Europe ou les Etats-Unis.

A voir donc, en tentant de faire abstraction des boiseries et autres sculptures de Maillol.

Le Littérroriste

27 septembre 2008

Dominique Perrault au Centre Georges Pompidou

Exposition conventionnelle de Perrault par lui-même. Perrault se met en scène, occulte certains aspects de son parcours pour s'afficher en architecte minimaliste. Tout cela est très conventionnel : chaque projet est explicité par une photo et une maquette. En dehors de projections dont le contenu est loin d'être explicite pour qui ne connaît pas l'architecte (de quel projet parle-t-on à un moment t?) rien n'est dit ni montré sur les espaces intérieurs : l'architecture comme une scultpture urbaine habitée, une sculpture qui viserait paradoxalement à la disparition. Mais l'architecture n'est pas le land art et Perrault n'est pas Andy Goldsworthy. Conflit donc entre la perennité que l'on attend d'une architecture (construire pour x années), la volonté des commaditaires d'utiliser une signature (Perrault l'architecte de la BNF) et une fausse modestie de rigueur.

Le Littérroriste

20 septembre 2008

Last Exit to Brooklyn

La lecture du dernier (à tous les sens du terme) roman d'Hubert Selby Jr. nous ayant réellement retourné, petite plongée dans le texte qui révéla l'auteur. Last Exit to Brooklyn est une succession de tableaux new-yorkais. Loubards, putes, travestis, militaires en permission, syndicalistes homos se succèdent pour ce qui restera comme l'une des fresques les plus desespérées et les plus lucides de la littérature. De quoi en tous cas faire tomber bien des a priori, bien des idées fausses : non, les années soixante ne furent pas des années d'angélisme béat: les gangs et leur violence aveugle prospéraient déjà et New-York était déjà leur terrain de jeu.

Beauté sauvage d'un texte au style concentré. Les dialogues sont noyés dans la narration, n'en prennent que plus de force. Tourbillon des actes et des paroles enchevêtrés...

Recueil de nouvelles ou roman destructuré ? L'unité de style et de discours fait pencher pour la seconde option, la dédicace de l'auteur se réfère d'ailleurs au livre comme un tout.

Un chef d'oeuvre sans concessions.

Le Littérroriste

15 septembre 2008

Gomorra, le film de Matteo Garrone d'après le livre de Roberto Saviano

Gomorra, le film de Matteo Garrone, est un film ambitieux. Comment retracer un livre enquête (celui de Roberto Saviano, vendu à 1 200 000 exemplaires en Italie, traduit en 42 langues), comment montrer la déliquescence napolitaine sans passer par le spectaculaire ?
Un film fiction qui parle du réel.
Des histoires parallèles. Des croisements parfois, mais assez peu. La violence, la mort au quotidien. La vengeance de la vengeance de la vengeance. Le poison d'une aide aux démunis qui devient vite demande d'allégeance. Les déchets source d'enrichissements. Les gamins qui jouent aux caïds et finissent une balle dans la tête.

Un film déroutant, le gâchis d'une génération tout entière.

Le Littérroriste

29 août 2008

Rose Madder de Stephen King

Le Littérroriste est un homme (presque) comme les autres. Pendant que de sublimes créatures gambadent sur sa plage barcelonaise, il se plait à se plonger dans un pavé US, un roman qui l'absorbe tout entier, lui permettant de faire abstraction d'un cadre par trop idyllique.
J'ai déjà écrit sur ce blog que Stephen King était à mes yeux un auteur sous-estimé, sans doute victime d'un succès florissant. Rose Madder n'est pas son roman le plus connu. On y retrouve certains des ingrédients de nombre de ses productions : une femme meurtrie, un conjoint schizophrène et une perméabilité du monde réel au domaine du rêve. Le fantastique se glisse peu à peu, insidieusement, dans ce qui semblait devoir ressortir du domaine du thriller. Le sexe et la mort sont omniprésents, mais l'ironie de Stephen King transcende tout. Les pages où l'époux éconduit de Rose, flic brutal et impuissant, se retrouve dans la kermesse d'une association de femmes battues, sont irrésistibles, rappelant le cynisme d'un Hubert Selby JR.
Un livre imparfait, mais attachant.

Le Littérroriste

21 août 2008

wall E

Un film comme Wall E. permet de mesurer le chemin parcouru par le cinéma d'animation ces dernières années. Là où la technique infographique se posait comme un objet en soi, un morceau de bravoure, Wall E. l'utilise pour dégager une vraie poésie. Certes, le film comporte quelques lacunes, quelques trous scénaristiques. Les séquences qui prennent place au sein du vaisseau spatial où l'humanité est maintenue en état végétatif, tout en étant amusantes, n'ont pas la même originalité que le reste du film. Mais les images du robot perdu à la surface d'une terre ravagée, continuant à empiler des cubes de déchets, resteront comme le plus efficace plaidoyer écolo.

Le Littérroriste.

05 août 2008

Comment le web change le monde

Francis Pisani vit dans la Silicon Valley d'où il édite Transnets, son blog sur les nouveaux médias et les nouvelles technologies, blog bien connu des lecteurs du monde.fr.
Ce livre condense et synthétise la vision d'un homme immegé dans son sujet. Derrière des sites comme Facebook ou My Space se cachent des évolutions sociétales majeures. La simplification des outils a permis à tout un chacun de s'en emparer, des les utiliser, de les détourner. Le web 2.0, basé sur l'idée que les utilisateurs créent d'eux-même le contenu des sites sur lesquels ils s'inscrivent, génère de nouveaux modèles économiques qui touchent la publicité, le marketing, la question de la sécurité des données. L'augmentation des flux de données rend par ailleurs possible l'entreprise "dans les nuages" c'est à dire immatérielle, l'entreprise sans logiciel sur site, où tout est accessible depuis n'importe quel point sur le globe.
Enfin, le net, et c'est sans doute le plus troublant, rend possible l'émergence d'une intelligence collective extrèmement performante (le webcateur vu comme une fourmi NDLR).
Difficile de résumer un ouvrage aussi riche, dont le mérite est de prendre ses distances avec les dogmes des uns et des autres : Comment le web change le monde n'est pas un plaidoyer mais un constat sur ce qui arrive. Qu'on le regrette ou qu'on le souhaite, ces mutations ont lieu, et la meilleure manière de faire en sorte que cette évolution soit positive, c'est dans un premier temps de savoir ce qui se passe.

A recommander

Le Littérroriste

30 juillet 2008

Valse avec Bachir

Peut-on, doit-on montrer la guerre, les massacres ? Faut-il montrer tout cela d'une manière brute, ou mettre une certaine distance ? L'oeuvre d'art doit elle servir une morale, une vision collective de l'Histoire ?

Ari Folman raconte son histoire, celle d'une amnésie. Aucun souvenir de son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila en 1982.
Journée rayée de sa mémoire. Alors il enquête. Le film est le récit de cette enquête.
Rêves récurrents, amis sans voix, culpabilité des survivants.
L'animation (magnifique, expressive, y compris dans l'aspect volontairement saccadé des mouvements) permet de retracer ces épisodes oniriques, ces cauchemars qui condensent le vécu.
Elle permet aussi de faire de ces soldats des contenants, où chacun d'entre nous peut se loger le temps d'un cauchemar éveillé.

Le Littérroriste



28 juillet 2008

Richard Avedon au Jeu de Paume

Richard Avedon a disparu en 2004. L'exposition que présente le musée du Jeu de Paume constitue en quelque sorte une autobiographie, voire un testament d'Avedon, tant le photographe a consacré les dernières années de sa vie à se raconter, à se mettre en scène. Résultat: une exposition qui, en dehors de ses interventions dans le domaine de la publicité et de la mode, raconte un homme au travers de portraits. Potraits de stars, bien sûr, mais aussi d'inconnus croisés au bord de la route. Portraits d'une époque mais surtout de la vision d'une époque par un artiste qui aura revendiqué sans modestie le statut de créateur omnipotent, de metteur en scène. Pour Avedon, le discours sur le réel s'appuie sur la ruse et le subterfuge. Comment amener les gens à être eux-mêmes malgré eux? Comment faire craquer le vernis de ces icônes qui incarnent en permenence un personnage public ? Parcours magnifique, le tout superbement explicité par un film (Richard Avedon: Darkness and Light, d'Helen Whitney) qui ne sombre pas l'adoration niaise, mais dresse un portrait complexe d'un homme à la vie intense.

Le Littérroriste

19 juillet 2008

Le bruit des gens autour

Ce film de Diastème, qui conte le festival d'Avignon de quelques personnages liés au monde du théâtre et de la danse, a été relativement mal perçu par la critique dite autorisée. L'objet a été décrit comme caricatural, stéréotypé, alors que sa prétention, et celle notamment de son scénario, n'est pas d'accéder au réel par les faits, mais plutôt par l'évocation de sentiments universels et fondamentaux. Les acteurs sont touchants. Le couple formé par Lea Drucker et Olivier Py est touchant parce qu'improbable et donc acceptation de l'autre tel qu'il est. Bruno Todeschini a pris de l'épaisseur avec les années... La superbe Linh Dan Pham promène son personnage allégorique de spectatrice, apparition souriante qui resoude les liens entre les êtres.
Le bruit des gens autour est un film touchant.

Le Littérroriste

17 juillet 2008

Putain de Nelly Arcan

Putain est un livre malentendu. Vendu par la Fnac comme un roman érotique, ce texte est une introspection douloureuse, le récit du vécu d'une call-girl canadienne. Relation trouble avec l'autobiographie : Nelly Arcan aurait exercé cette profession, aurait monnayé ses charmes alors qu'elle était étudiante. Cri de désespoir, de haine envers elle-même, regard glacé, chirurgical sur les hommes, sur ses parents dont elle se sent prisonnière de la relation ratée.

Un livre fort, qui évoque parfois Elfriede Jelinek, dans une prose moins opaque.

Le Littérroriste

16 juillet 2008

Ping pong

Pour prolonger le plaisir de l'expo de Valérie Mréjen, un petit livre, intitulé Ping pong, comprenant un entretien assez poussé avec la vidéaste, les dialogues de quelques courts-métrages et un dvd des nouvelles vidéos.
Le livre est bien réalisé. La plupart des textes sont traduits en anglais.

Le Littérroriste

20 juin 2008

JCVD

Film atypique, JCVD est réservé à ceux qui, comme moi, ont longtemps soupçonné Jean-Claude Van Damme d'être un imposteur génial.
L'auteur de "si tu enlèves l'air du ciel, les oiseaux tombent par terre...et les avions, aussi", passe du statut de ringard absolu à celui d'une icône pop, capable d'autodérision dans un rapport trouble à l'autobiographie.
Car le scénario de JCVD montre le retour d'un Jean-Claude au pays, en pleine période de perte de vitesse à Hollywood.
Procédure de divorce, problèmes d'argent: JC se rend comme tout citoyen belge à la poste du coin pour y faire un virement à son gourmand avocat californien, il s'y retrouve mêlé à une prise d'otage cahotique menée par des malfrats peu subtils.
Film étrange, à mi-chemin entre la comédie, le film noir (très belle photo avec un grain très poussé), JCVD reste au final un ovni cinématographique, un machin inclassable qui réussit à nous séduire sans pourtant tenir aucune de ses promesses.

Le Littérroriste

16 juin 2008

Depardon : errances

On peut avoir une opinion divergente concernant le cinéma de Depardon et sa photo. Autant son cinéma s'attache à l'humain, autant sa photographie prend souvent un autre chemin, une plus grande distance. Errance est ce moment particulier où un process anonyme et volontairement rigide (un appareil unique sur pied, un format unique, un noir et blanc permanent, un cadrage unique qui place la ligne d'horizon au centre, une profondeur de champ maximale) génère une oeuvre personnelle. Depardon écrit sur l'errance, s'interroge sur la notion et la manière dont lui l'a vécue, raconte son parcours photographique, ses questionnements.
Les photos reflètent des entre-deux, des lieux de transition dont l'humain est sinon absent, sinon un élément secondaire.

Un livre austère mais très enrichissant pour qui s'intéresse à la photographie ou la pratique.

Le Littérroriste

15 juin 2008

Un conte de Noël

Arnaud Desplechin met ici en scène la part cachée des histoires familiales, le non-dit, les regrets. Le passage à l'âge adulte est l'occasion de réaliser les chemins que l'on n'a pas pris, les histoires d'amours à côté desquelles on est passé, les petits riens sur lesquels reposent nos destins.
Amalric, devenu au fil du temps l'acteur fétiche de Desplechin, joue toujours un peu le même rôle d'un film à l'autre... mais il le fait bien. Les autres acteurs (Deneuve mère et fille, Poupaud, Emmanuelle Devos, Jean-Paul Roussillon, la belle Anne Consigny...) incarnent leurs rôles avec conviction, on pense furtivement à Festen, bien-sûr. On regrettera néanmoins la durée du film: le montage aurait pu être plus serré, certaines scènes évacuées.

Un bon Desplechin, mais qui ne constitue pas un jalon générationnel comme le fit Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle).

Le Littérroriste

13 juin 2008

Valérie Mréjen au Jeu de Paume

La programmation du Jeu de Paume est exemplaire en ce sens que ses expositions sont résolument contemporaines tout en restant accessibles au profane. L'exposition de Valérie Mréjen, ironiquement intitulée la Place de la Concorde, ne déroge pas à ce principe. L'incommunicabilité entre les êtres y est mise en scène par le biais de courts métrages vidéos retraçant des scènes de la vie quotidienne, courts métrages rigoureux, bourrés d'humour et de sens.

A aller voir d'urgence

Le Littérroriste

07 juin 2008

Le combat ordinaire

Manu Larcenet sait parler des choses de la vie avec une humilité, une sobriété touchantes. Le parcours de son personnage dans une existence assez banale met en scène l'apprentissage de la complexité du monde, d'un monde où le bien et le mal coexistent en chacun.
Le combat ordinaire est une bande dessinée adulte, dans le sens ou un réalisme des situations et des personnages n'empêche pas l'irruption de pages poétiques, comme ces paysages silencieux ou ces portraits accumulés qui ponctuent l'intrigue.

Le Littérroriste

25 mai 2008

Pornostars- Fragments d'une métaphysique du X

Pornostars, Fragments d'une métaphysique du X procède d'une idée intéressante: creuser enfin le pourquoi du cinéma pornographique, tenter de comprendre les raisons de la fascination qu'il suscite. On est loin ici des discours politiques qui visent à nous faire prendre le X pour un acte révolutionnaire. Il s'agit avant tout de comprendre le rapport onirique entre le film et son spectateur et, pour Laurent de Sutter, plus précisément, le rapport que celui-ci entretient avec les starlettes, élevées par l'auteur au rang d'anges délivreuses d'un amour paradoxal.
Le discours est ponctué d'exemples de scènes de films X, exemples dont, malheureusement, seul un amateur fort éclairé pourrait évaluer la partinence.
On passera sur le parfum mystique, voire catholique qui empreigne l'ouvrage, pour finalement constater que tout cela ne nous a pas amené grand-chose, qu'il ne nous restera de ces fragments qu'une belle idée de rédemption.

Le Littérroriste

22 mai 2008

Jean Prouvé Les maisons de Meudon

1945. La France est en ruines. Il faut reconstruire, et vite. Des expérimentations sont lancées pour tenter de construire à faible coût des maisons préfabriquées de qualité : c'est ainsi que des "cités d'expériences " comme celle du Merlan à Noisy le Sec accueilleront des maisons individuelles en bois ou en métal, parfois offertes par des gouvernements étrangers.
Que sera-t-il conclus de tout cela ? Pas grand-chose, car la France aime le béton, qu'elle a inventé, et qui est le fond de commerce de toute une industrie. Jean Prouvé croit pouvoir vaincre cela. Ingénieur, il met au point des systèmes visant à fabriquer des maisons comme on fabrique des automobiles. Mais l'aveuglement des fonctionnaires, les restrictions budgétaires et, disons-le, le manque de vision des politiques, empêcheront Prouvé d'aller au bout de sa démarche. prouvé n'ayant pu mener à bien l'expérience de manière concluante, ne pourra accéder à l'industrialisation à grande échelle qui aurait permis d'abaisser les coûts et d'améliorer la qualité de ses produits. restent quelques maisons à Meudon, transformées au fil du temps.
Une histoire symptomatique de l'incapacité française à suivre les inventeurs, les précurseurs.

Le Littérroriste