13 décembre 2008

Séraphine, un film de Martin Provost

Un film français. On continue à explorer notre gloire passée, notre petit patrimoine. On y ajoute quelques gouttes de misérabilisme, quelques défauts techniques (des cadrages parfois hésitants, notamment lorsque Provost film Séraphine en extérieur devant des bâtiments), quelques bons acteurs (Yolande Moreau). Le destin de l'artiste y est bien sûr cruel, car les bourgeois ne la comprennent pas...
Qu'en reste-t-il ? On aimerait dire : le rapport sensuel, voire charnel à la peinture. Mettre la main à la pâte... Mais même cet aspect est insuffisamment mis en avant, trop furtivement.

Bref, Séraphine est un film plaisant, mais qui ne va pas au bout des choses, le film d'un pays tout occupé à se regarder dans le miroir de son passé et à convoquer le monde entier à admirer ce reflet.

Le Littérroriste

08 décembre 2008

French kicks, photographies rock par Pierre Hybre

Comment photographier la musique ? Comment photographier le rock ? Comment ne pas sombrer dans un fétichisme (les guitares, les vêtements...) qui substitue au son quelque chose qui est censé le signifier mais n'en dit pas grand-chose (cf les expositions souvent consternantes de la Cité de la Musique quand elle s'intéresse au rock) ? Pierre Hybre a choisi. Il se lance dans l'arène, boîtier en main, au milieu des fauves. Ses clichés sont vraiment des instantanés, des moments capturés, des fragments de vie. French Kicks est le résultat d'une confrontation directe à son sujet, les très jeunes groupes de rock parisiens, confrontation de deux années au cours desquelles le photographe s'est immergé dans son sujet, a cotoyé concert après concert ces adolescents qui redécouvrent le rock.
Le résultat est un très beau livre que le photographe a entièrement piloté, réussissant à imposer ses choix esthétiques (la sobriété, l'exclusion de parasites publicitaires, etc.).
French Kicks est un livre historique au sens premier du terme, un livre qui retrace l'avènement d'une génération post-samplers, un livre qui témoigne.

Pour commander le livre

Le Littérroriste

07 décembre 2008

Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes

Dès la première scène, on devine l'ampleur de la catastrophe. Photo bâclée, dialogues qui se veulent fantaisistes mais tombent à plat, problème de rythme dans les répliques, direction d'acteurs inexistante (pourquoi les petits rôles sont-ils toujours tellement négligés dans le cinéma français, pourquoi ne savons nous pas diriger des groupes ?)
Ce sentiment se confirme par la suite avec une succession de scènes censées nous faire rire, qui accumulent les poncifs sans jamais - quoi que revendique le film- oser la transgression.
Faire naître du comique d'une situation, c'est à la fois un travail d'écriture, de direction d'acteur, de rythme juste sans lequel le meilleur dialogue ne fait plus mouche.
Film paresseux, qui voudrait nous flatter en nous laissant reconnaître certaines citations picturales lourdement appuyées, mais qui en réalité nous prend pour des imbéciles. Quand la gauche caviar s'adresse au peuple, elle le fait avec condescendance.

Le Littérroriste

18 novembre 2008

Aimer ce que nous sommes- Christophe


Christophe jouit d'une considération étrange pour qui ne fait pas partie des happy-fews parisiens à la posture étudiée, au cynisme parfait. Chanteur de variété qui voudrait être pop, au sens anglais du terme. Prétentions narratives, cinématographiques. Tout ça nous vaut un nouvel album rempli de nappes de synthés dégoulinantes, d'arrangements ringards sur lesquels une voix toujours aussi limite se répand, montage de bouts de chandelles que ne sauvent ni Eric Truffaz, ni Isabelle Adjani.

Aimer ce que nous sommes est un gâteau à la crème indigeste à force de ne contenir que du vent.

Le Littérroriste

17 novembre 2008

La photographie contemporaine par ceux qui la font

Excellent ouvrage pour ceux qui s'intéressent à la photographie, tentent de comprendre les tenants et les aboutissants d'un art masqué derrière une fausse simplicité. Anne-Celine Jaeger a interrogé des photographes contemporains sur leur pratique, leur vision de la photo mais aussi de leur métier. Des conservateurs, éditeurs, responsables photo de magazines sont également questionnés.
Enfin, La photographie contemporaine par ceux qui la font est un très bel ouvrage par la diversité des clichés qu'il contient, la moindre des choses pour un ouvrage sur le sujet.

Le Littérroriste

12 novembre 2008

Gomorra, le livre de Roberto Saviano

Il faut avoir lu le livre de Roberto Saviano, jeune journaliste freelance napolitain, pour comprendre à quel point son adaptation à l'écran constitue une oeuvre minimaliste. Le foisonnement d'informations que porte une plume passionnée, celle d'un homme qui écrit de l'intérieur, pusiqu'il est né et grandi dans cette violence, ne pouvait être transcrit tel quel. L'atrocité de certaines scènes aurait porté le film vers un sensationnalisme complètement étranger à l'oeuvre de Saviano.
Description implacable, cri de désespoir d'un habitant à sa terre, terre pourrie littéralement, enfouie sous les déchets toxiques de toute l'Italie qui contaminent nappes phréatiques, cultures, lait de bufflones et donc mozzarella. Système global, globalisé, à l'échelle mondiale. La Chine, la Colombie, les travailleurs africains. La dope, le béton, le textile, les ordures.
L'impossibilité du futur est gravée dans les idéaux: les adolescents rêvent de vivre vite, avec du pouvoir, de l'argent et une mort violente. Leur expliquer que l'existence de camorriste ne mène à rien, que les guerres intestines les tueront très vite, est sans objet puisque c'est justement cela qu'ils recherchent.
On ne sort pas du système. S'en approcher, même de loin, c'est risquer sa vie. On tue l'ami, la copine, la soeur, le copain de la soeur de quelqu'un que l'on veut attendre. On fait exploser des cadavres à coups de grenades au fond de puits dissimulés dans la campagne de Campanie.
Des pages poignantes, comme celles où Saviano explique qu'il sait aujourd'hui lire le réel et plus précisément le construit, qu'il sait y voir la part de souffrance et de sang dissimulé.

Un livre exceptionnel, dont on sort changé.


Le Littérroriste

09 novembre 2008

Vicky Cristina Barcelona

L'Espagne, la Catalogne... De belles américains en goguette, dont l'une promise à un mariage raisonnable, l'autre plus fantasque. Un peintre sulfureux. Une ex superbe et géniale. Les américains sont coincés. Les espagnols enfiévrés. Les artistes passionnants, les traders ennuyeux. Une telle accumulation de poncifs ne pouvait passer que par l'entremise d'un grand réalisateur. Woody Allen en est-il vraiment un ? D'un côté maîtrise des dialogues, des situations, des ambiances, dérapages comiques réussis. De l'autre, nécessité d'une voix off pour donner du liant à tout celà. Là où un très grand aurait donné en quelques indices visuels de quoi définir les personnages, de quoi comprendre où ils en sont de leur itinéraire, Allen a besoin d'expliquer, de commenter en permanence, comme dans la séquence d'introduction assez longue.
Vicky Cristina Barcelona caresse les européens dans le sens du poil. Un bonbon trop flatteur, qui nous laisse un arrière goût légèrement trop sucré.

Le Littérroriste


06 novembre 2008

Case Study Houses

En 1945, John Entenza, rédacteur en chef de la revue américaine Arts & Architecture, lance un programme de maisons individuelles expérimentales, avec pour objectif l'exploration de nouvelles techniques, de nouveaux usages et une recherche de rationalité voire d'économie.
La plupart des maisons qui seront réalisées (ce ne sera pas toujours le cas) seront implantées dans la région de Los Angeles et donneront lieu à de grands morceaux de bravoure architecturale souvent influencés par Mies Van Der Rohe (on pense notamment à Richard Neutra).
Au delà de la grande modernité, des qualités plastiques, le programme Case Study Houses se lit comme le reflet d'une époque, de son optimisme, de son désir d'aller de l'avant.
L'ouvrage paru dans une collection économique de Taschen ne brille pas par la grande exhaustivité de ses commentaires, mais par une iconographie qui, si elle n'est pas très fournie, n'en est pas moins d'une grande qualité.
Pour les passionnés, un ouvrage beaucoup plus complet et luxueux sur le même sujet est également publié par Taschen.

Le Littérroriste

23 octobre 2008

Denis Bortek au Zèbre de Belleville

En ce mardi soir d'octobre, Denis Bortek, ex chanteur du groupe culte Jad Wio, avait invité ses amis à un concert en forme de mini-cabaret, le tout intitulé Shot the Moon.
Le Zèbre se prêtait bien-entendu parfaitement à l'exercice : chaleur et proximité, entre scène, comptoir et acrobaties aériennes.
Mélange de chansons acoustiques, reprises électriques (Lennon) , mélodies pop, le tout sous fond d'histoires de morts-vivants (reprise de Champagne d'Higelin), de cabaret berlinois ou de filles aux moeurs étranges (Ophélie est zoophile).
Exercice parfait, poésie, humour distancié, le tout sur du velours car accompagné d'un public tout acquis. On regrettera la brieveté du show, qui compte au final trop peu de nouveaux morceaux.

Denis Bortek doit repasser bientôt à la Maison des Métallos, détour conseillé.

Le Littérroriste

19 octobre 2008

Stone Junction de Jim Dodge

Stone Junction est un roman de Jim Dodge publié en 1990 aux Etats-Unis, traduit récemment par Nicolas Richard pour les Editions du Cherche-Midi. Le roman ayant été unanimement encensé par la critique, il était intéressant d'y jeter un oeil.
Stone Junction se présente comme un grand roman picaresque, aux personnages hors normes, bandits, alchimistes, joueurs de cartes, le tout pris dans une grande fresque traversant les Etats-Unis. Le personnage central du roman n'est en réalité pas son héros, Daniel, mais une association nommée AMO qui réunit une bande d'originaux qui ont tous en commun de refuser les aspects contraignants du monde moderne. Pour caricaturer, ce sont des personnages résolumment analogiques qui s'opposent au tout digital. Ajoutons à tout celà quelques valeurs post-hippies, vagument altermondialistes et souvent new-age, et nous obtenons un cocktail qui, s'il peut plaire à des adolescents attardés, ne peut qu'offusquer le libre-penseur, agaçé d'être infantilisé par un roman manipulateur, démagogique et paranoïaque qui oppose les gentils drogués originaux, voleurs et libertaires (ah...les vraies valeurs) aux vilains réprésentants du pouvoir fédéral. (beaucoup trop sérieux donc méchants). Tout ça ne vole pas plus haut que Star Wars qui au moins, n'a pas la prétention de nous ouvrir l'esprit.

Un roman ultra conservateur qui se cache.
Une régression dont le succès ne manque pas de nous interroger sur l'état de la pensée occidentale


Le Littérroriste

07 octobre 2008

La possibilité d'une île (roman)

Avant d'aller voir le film de Houellebecq (s'il reste encore quelques jours sur les écrans) retour sur le roman dont il est l'adaptation.

Daniel est un comique un peu cynique, assez tendance. Le sexe est pour lui un principe de vie. En vieillissant, il réalise la marchandisation des corps. La jeunesse qu'il convoite lui est de plus en plus inaccessible. Il se laisse peu à peu approcher par une secte aux accents Rahéliens, dont les recherches visent au clonage. et donc, à la vie éternelle. Roman structuré par aller-retours entre le récit de Daniel et celui de ses descendants (ses clones) vivant dans un monde post-apocalyptique une vie aspetisée et solitaire. Le texte évoque la perte volontaire de nos caractéristiques animales, de nos passions, pour finir par le constat d'un retour du nième descendant de Daniel à cette poésie du réel et du risque.
On pourra regretter certaines légeretés du style, pour finalement apprécier un texte qui soulève des questions un peu plus intéressantes que celle des nombrils germanopratins.
La possibilité d'une île est un roman imparfait, parfois un peu dilué, mais qui concentre les problématiques de notre condition.

Le Littérroriste

05 octobre 2008

China Gold au musée Maillol

Le musée Maillol est de ses institutions qui posent question. Une question jamais résolue, vite oubliée, qui resurgit à chaque visite. Ce musée est-il réellement adapté à l'affichage d'eouvres contemporaines.
Il est aujourd'hui de bon ton de faire l'apologie du mélange à tout prix, du cross-over, comme si ces croisements étaient toujours fertiles, comme si, au final, ils n'aboutissaient pas aussi parfois à une perte de sens, une aseptie radicale.
Questionnement qui, donc resurgit avec cette exposition consacrée aux enfants terribles de l'art contemporain chinois. China Gold met en scène 35 artistes dans des domaines variés.
Au final, c'est sans doute, et paradoxalement, dans l'art numérique que l'exposition nous étonne le plus. Photographies surréalistes, mises en scène de manière méticuleuse, photographies qui nous content l'envers du décor, la réalité et les difficultés de la Chine réelle. On s'étonne finalement de retrouver un point de vue - une esthétique - très occidental, mais c'est oublier que nombre de ces artistes sont passés par l'Europe ou les Etats-Unis.

A voir donc, en tentant de faire abstraction des boiseries et autres sculptures de Maillol.

Le Littérroriste

27 septembre 2008

Dominique Perrault au Centre Georges Pompidou

Exposition conventionnelle de Perrault par lui-même. Perrault se met en scène, occulte certains aspects de son parcours pour s'afficher en architecte minimaliste. Tout cela est très conventionnel : chaque projet est explicité par une photo et une maquette. En dehors de projections dont le contenu est loin d'être explicite pour qui ne connaît pas l'architecte (de quel projet parle-t-on à un moment t?) rien n'est dit ni montré sur les espaces intérieurs : l'architecture comme une scultpture urbaine habitée, une sculpture qui viserait paradoxalement à la disparition. Mais l'architecture n'est pas le land art et Perrault n'est pas Andy Goldsworthy. Conflit donc entre la perennité que l'on attend d'une architecture (construire pour x années), la volonté des commaditaires d'utiliser une signature (Perrault l'architecte de la BNF) et une fausse modestie de rigueur.

Le Littérroriste

20 septembre 2008

Last Exit to Brooklyn

La lecture du dernier (à tous les sens du terme) roman d'Hubert Selby Jr. nous ayant réellement retourné, petite plongée dans le texte qui révéla l'auteur. Last Exit to Brooklyn est une succession de tableaux new-yorkais. Loubards, putes, travestis, militaires en permission, syndicalistes homos se succèdent pour ce qui restera comme l'une des fresques les plus desespérées et les plus lucides de la littérature. De quoi en tous cas faire tomber bien des a priori, bien des idées fausses : non, les années soixante ne furent pas des années d'angélisme béat: les gangs et leur violence aveugle prospéraient déjà et New-York était déjà leur terrain de jeu.

Beauté sauvage d'un texte au style concentré. Les dialogues sont noyés dans la narration, n'en prennent que plus de force. Tourbillon des actes et des paroles enchevêtrés...

Recueil de nouvelles ou roman destructuré ? L'unité de style et de discours fait pencher pour la seconde option, la dédicace de l'auteur se réfère d'ailleurs au livre comme un tout.

Un chef d'oeuvre sans concessions.

Le Littérroriste

15 septembre 2008

Gomorra, le film de Matteo Garrone d'après le livre de Roberto Saviano

Gomorra, le film de Matteo Garrone, est un film ambitieux. Comment retracer un livre enquête (celui de Roberto Saviano, vendu à 1 200 000 exemplaires en Italie, traduit en 42 langues), comment montrer la déliquescence napolitaine sans passer par le spectaculaire ?
Un film fiction qui parle du réel.
Des histoires parallèles. Des croisements parfois, mais assez peu. La violence, la mort au quotidien. La vengeance de la vengeance de la vengeance. Le poison d'une aide aux démunis qui devient vite demande d'allégeance. Les déchets source d'enrichissements. Les gamins qui jouent aux caïds et finissent une balle dans la tête.

Un film déroutant, le gâchis d'une génération tout entière.

Le Littérroriste

29 août 2008

Rose Madder de Stephen King

Le Littérroriste est un homme (presque) comme les autres. Pendant que de sublimes créatures gambadent sur sa plage barcelonaise, il se plait à se plonger dans un pavé US, un roman qui l'absorbe tout entier, lui permettant de faire abstraction d'un cadre par trop idyllique.
J'ai déjà écrit sur ce blog que Stephen King était à mes yeux un auteur sous-estimé, sans doute victime d'un succès florissant. Rose Madder n'est pas son roman le plus connu. On y retrouve certains des ingrédients de nombre de ses productions : une femme meurtrie, un conjoint schizophrène et une perméabilité du monde réel au domaine du rêve. Le fantastique se glisse peu à peu, insidieusement, dans ce qui semblait devoir ressortir du domaine du thriller. Le sexe et la mort sont omniprésents, mais l'ironie de Stephen King transcende tout. Les pages où l'époux éconduit de Rose, flic brutal et impuissant, se retrouve dans la kermesse d'une association de femmes battues, sont irrésistibles, rappelant le cynisme d'un Hubert Selby JR.
Un livre imparfait, mais attachant.

Le Littérroriste

21 août 2008

wall E

Un film comme Wall E. permet de mesurer le chemin parcouru par le cinéma d'animation ces dernières années. Là où la technique infographique se posait comme un objet en soi, un morceau de bravoure, Wall E. l'utilise pour dégager une vraie poésie. Certes, le film comporte quelques lacunes, quelques trous scénaristiques. Les séquences qui prennent place au sein du vaisseau spatial où l'humanité est maintenue en état végétatif, tout en étant amusantes, n'ont pas la même originalité que le reste du film. Mais les images du robot perdu à la surface d'une terre ravagée, continuant à empiler des cubes de déchets, resteront comme le plus efficace plaidoyer écolo.

Le Littérroriste.

05 août 2008

Comment le web change le monde

Francis Pisani vit dans la Silicon Valley d'où il édite Transnets, son blog sur les nouveaux médias et les nouvelles technologies, blog bien connu des lecteurs du monde.fr.
Ce livre condense et synthétise la vision d'un homme immegé dans son sujet. Derrière des sites comme Facebook ou My Space se cachent des évolutions sociétales majeures. La simplification des outils a permis à tout un chacun de s'en emparer, des les utiliser, de les détourner. Le web 2.0, basé sur l'idée que les utilisateurs créent d'eux-même le contenu des sites sur lesquels ils s'inscrivent, génère de nouveaux modèles économiques qui touchent la publicité, le marketing, la question de la sécurité des données. L'augmentation des flux de données rend par ailleurs possible l'entreprise "dans les nuages" c'est à dire immatérielle, l'entreprise sans logiciel sur site, où tout est accessible depuis n'importe quel point sur le globe.
Enfin, le net, et c'est sans doute le plus troublant, rend possible l'émergence d'une intelligence collective extrèmement performante (le webcateur vu comme une fourmi NDLR).
Difficile de résumer un ouvrage aussi riche, dont le mérite est de prendre ses distances avec les dogmes des uns et des autres : Comment le web change le monde n'est pas un plaidoyer mais un constat sur ce qui arrive. Qu'on le regrette ou qu'on le souhaite, ces mutations ont lieu, et la meilleure manière de faire en sorte que cette évolution soit positive, c'est dans un premier temps de savoir ce qui se passe.

A recommander

Le Littérroriste

30 juillet 2008

Valse avec Bachir

Peut-on, doit-on montrer la guerre, les massacres ? Faut-il montrer tout cela d'une manière brute, ou mettre une certaine distance ? L'oeuvre d'art doit elle servir une morale, une vision collective de l'Histoire ?

Ari Folman raconte son histoire, celle d'une amnésie. Aucun souvenir de son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila en 1982.
Journée rayée de sa mémoire. Alors il enquête. Le film est le récit de cette enquête.
Rêves récurrents, amis sans voix, culpabilité des survivants.
L'animation (magnifique, expressive, y compris dans l'aspect volontairement saccadé des mouvements) permet de retracer ces épisodes oniriques, ces cauchemars qui condensent le vécu.
Elle permet aussi de faire de ces soldats des contenants, où chacun d'entre nous peut se loger le temps d'un cauchemar éveillé.

Le Littérroriste



28 juillet 2008

Richard Avedon au Jeu de Paume

Richard Avedon a disparu en 2004. L'exposition que présente le musée du Jeu de Paume constitue en quelque sorte une autobiographie, voire un testament d'Avedon, tant le photographe a consacré les dernières années de sa vie à se raconter, à se mettre en scène. Résultat: une exposition qui, en dehors de ses interventions dans le domaine de la publicité et de la mode, raconte un homme au travers de portraits. Potraits de stars, bien sûr, mais aussi d'inconnus croisés au bord de la route. Portraits d'une époque mais surtout de la vision d'une époque par un artiste qui aura revendiqué sans modestie le statut de créateur omnipotent, de metteur en scène. Pour Avedon, le discours sur le réel s'appuie sur la ruse et le subterfuge. Comment amener les gens à être eux-mêmes malgré eux? Comment faire craquer le vernis de ces icônes qui incarnent en permenence un personnage public ? Parcours magnifique, le tout superbement explicité par un film (Richard Avedon: Darkness and Light, d'Helen Whitney) qui ne sombre pas l'adoration niaise, mais dresse un portrait complexe d'un homme à la vie intense.

Le Littérroriste