
Denys Arcand n'a pas une vision propre de l'esthétique cinématographique. Nul discours théorique, nul vocabulaire original. Son dernier film n'a, de ce côté-là que peu d'intérêt. On y cherchera vainement la moindre trace de volonté picturale. L'intérêt de l'Age des ténèbres est autre : le film propose la vision cauchemardesque (cauchemardée?) de l'extension du politiquement correct et de sa
novlangue comme dirait Dantec, dont on comprend mieux, à la vision du film, l'effroi (cf son journal) devant la société québecquoise.
Le film relate la dérive d'un fonctionnaire de l'administration québecquoise : Jean-Marc se réveille un jour et constate qu'il est passé à côté de sa vie, entre une femme obnubilée par ses performances professionnelles, des enfants indifférents, un travail auquel il ne croit plus, une maison en banlieue qui l'oblige à passer son temps dans les transports. Il s'évade en pensée, peuple ses fantasmes de stars inaccessibles. Mais le quotidien et son absurdité (les scènes au cours desquelles il reçoit des accidentés de la vie sont savoureuses), la mise en place d'une pensée et d'une langue politiquement correctes dont l'humour est absent, tout cela le poussera à rompre avec sa vie, à tenter d'échapper enfin, si c'est encore possible, à cette mise en place d'une morale totalitaire au sens propre du terme.
Un film imparfait mais qui donne à penser.
BI