01 janvier 2008

Les règles élémentaires pour l'écriture d'un scénario

Blake Snyder est un scénariste à succès hollywoodien. Dans cet ouvrage de vulgarisation devenu un classique, il décrit la mise en place d'un scénario efficace. Comme d'habitude chez les auteurs américains, le texte est très clair, très concret, l'auteur syntéhtise avec humilité un peu de son savoir concernant la dramaturgie. On pourrait s'offusquer d'un savoir-faire tourné tout entier vers l'efficacité économique (un bon film c'est un film qui fait beaucoup d'entrées), on pourrait aussi se scandaliser lorsque Snyder assume sans détour que le public numéro un du film hollywoodien est celui des teenagers, mais ce serait oublier que le scénariste n'est pas dans la posture de changer l'industrie du cinéma: mis en concurrence, il doit sans cesse se confronter aux autres, réécrire sans fin ses histoires. Snyder énumère donc ce qui marche, ce que l'on attend d'un scénariste dans le contexte du cinéma US actuel, et du public qui est le sien.

On s'étonnera de la diversité des films cités (Snyder a apparemment souhaité agrémenter l'édition française de références "locales") et on s'attardera sur les catégories de films que l'auteur propose de distinguer, catégories très pertinentes qui ne se réfèrent pas à des genres (la comédie romantique, le film d'action...), mais à des situations dramaturgiques.

Quant à la structure narrative proposée, elle se développe suivant une progression classique (proche de la structure archétypale des contes de fées) à l'issue de laquelle le personnage principal doit avoir évolué.


LE LITTERRORISTE

19 décembre 2007

Waiting period

Hubert Selby JR. est mort en 2004, à 76 ans. Juste avant de mourir, l'auteur de Last Exit to Brooklyn nous a offert ce roman, témoignage d'une férocité jamais entamée. Waiting period, c'est l'histoire d'un type qui veut se suicider. Nous suivons le flux de ses pensées. Le passage où il évalue les différentes façons de mettre fin à ses jours est révélateur du ton général du livre : irréverencieux, et d'un humour irrésistible. Le narrateur finira par opter pour le revolver, mais sera très déçu de constater que l'armurier lui refuse son jouet pour de sombres raisons informatiques. Désorienté, il décidera finalement de tuer quelqu'un d'autre.


Le témoignage, d'une vérité brute, de la violence et des contradictions d'une Amérique plus complexe que l'image que nous pouvons en avoir.



Et surtout, le grand éclat de rire d'un vieillard face à la mort.






BI

13 décembre 2007

Joseph Arthur à la Maroquinerie

Il est toujours déstabilisant de se rendre au concert d'un artiste dont on n'a pas suivi les derniers enregistrements. Déçu par sa dernière apparition parisienne, je n'avais pas fait l'effort de me procurer Let's Just Be, sorti il y a peu. Comme d'habitude, la Maroquinerie est un lieu à la fois attachant et frustrant : attachant parce que la configuration et l'exiguité des lieux confère un caractère intime aux concerts, frustrant, parce que l'on y est rarement bien installé, tout occupé à tenter d'éviter les poteaux qui parsèment la salle.
On découvre son nouveau groupe avec deux jolies filles (guitare et basse), un batteur et un multi-instrumentiste. Les chansons du nouvel album, inconnues de la quasi totalité de l'audience, défilent, entrecoupées de version remaniées de titres des albums précédents.

Entre ballades rock un peu banales (on ne peut s'empêcher de penser que le groupe aplatit un peu le son de Joseph Arthur), tentatives rock plus violentes et nettement plus efficaces, les meillurs moments sont ceux qui nous laissent écouter le chanteur seul. Mais, là où l'émotion naissait de mélodies poignantes lors de ses anciens concerts, Joseph semble ne plus assumer ce talent, vouloir "casser" ces mélodies, jouer un rôle, un peu à la manière de Dylan, et massacre systématiquement ses chansons en leur donnant à toute une tonalité nouvelle, moins riche et surtout systématique. Des morceaux de bravoure comme In the sun ou September Song ne parviennent pas à nous émouvoir comme ils le devraient. Commplexe rock d'un artiste qui n'avait pas besoin de nous prouver quoi que ce soit ? Toujours est-il qu'on sort de là avec une impression de gâchis, comme lors de sa dernière apparition en ce même lieu.

Restent de grands disques (Big City secrets, Vacancy, Come to where I'm from, Junkyard hearts, Redemption Song...) et quelques concerts pirates pour nous rappeler ce que l'artiste peut évoquer, l'espace de quelques accords.


BI

08 décembre 2007

Les promesses de l'ombre

Cronenberg est un cinéaste déroutant. Ses films passés mettaient en scène nos fantasmes inconscients, nos peurs cachées, notre angoisse de voir l'intégrité de notre corps (La mouche, Crash) ou de notre esprit (Dead zone, Existenz)menacée.
depuis Spider, le canadien s'éloigne de la veine réalistico-fantastique (hum...) qui le caractérisait, et renouvelle également son esthétique, évoluant vers un classicisme sobre.

Les promesses de l'ombre apparaît comme le second volet d'un diptyque initié par A history of violence, qui traîtait déjà de la violence physique, de son expression brute et était déjà interpreté par Viggo Mortensen.

La mafia russe, ses secrets cachés, ses déchaînements soudains...
Cronenberg excelle à filmer ce qui n'est pas ou rarement montré, c'est même l'une de ses ambitions.

Le film est beau, dans sa photo comme dans ses ambiances, mais l'interprétation un peu outrée de Vincent Cassel (dans le rôle du fils de parrain aux pulsions homosexuelles non assumées) et un scénario trop linéaire laisseront les fans de la première heure sur leur faim.


BI

02 décembre 2007

Grammaire des immeubles parisiens

Lorsque l'on arpente Paris, on a souvent les yeux baissés, occupé à trouver son chemin sur le bitume entre crottes de chien chères à Chirac et salariés pressés de rejoindre un métro.

Grammaire des immeubles parisiens propose de lever la tête et de s'intéresser à aux immeubles "communs", à ceux qui bordent les rues et places de notre quotidien.

On pourra ainsi apprendre à identifier les époques de construction, comprendre l'influence des réglements d'urbanisme sur les façades, mémoriser quelques noms d'architectes. L'ouvrage de Claude Mignot, professeur à la Sorbonne, est abondamment illustré, ne manquent peut-être que des plans : l'immeuble y est avant tout étudié en termes de façade sur rue, c'est à dure en tant que décor urbain.
Avec ces limites, c'est un livre complet et très bien réalisé.

BI


22 novembre 2007

Orgueil et préjugés

On ne sait finalement pas grand-chose de Jane Austen, en dehors de sa production littéraire. Orgueil et préjugés a le parfum suranné de vieilles lettres d'amour parfumées que l'on retrouverait au fond d'un coffret oublié. La préoccupation des jeunes filles de la noblesse et de la bourgeoisie y est entièrement tournée vers le mariage, qui se doit d'être un beau parti, mais dans lequel les sentiments ne sont pas absents. Les filles attendent jour après jour qu'un homme, beau et riche si possible, s'intéresse à leur cas. Les occasions sont rares, la communication lente. Pas de téléphone, on s'écrit, en espérant que les courriers suivront leurs destinataires à travers leur périple de jeunes gens passant de propriété en propriété à travers l'Angleterre. Des destins se jouent sur quelques répliques au cours d'un bal, des vies se brisent sur des malentendus, car on se doit de se marier jeune ou de finir vieille fille.
Tout fini bien, évidemment, dans ce roman délicieusement misogyne, régulièrement adapté au cinéma.


BI

20 novembre 2007

Weegee

Photographe du fait divers, Weegee, alias Arthur Fellig fut le témoin quotidien de la montée de la violence dans les Etats-Unis de la Prohibition. Gangsters assassinés gisant à même le sol, corps carbonisés encore au volant.... des instantanés qui forment un morceau d'histoire. Weegee avait aménagé sa voiture en labo ambulant, il y passait de longues nuits à l'affût. Qui fait encore ça ?

On retrouvera le catalogue de l'exposition du musée Maillol (hélas close) aux éditions Gallimard.


BI

18 novembre 2007

Secret sunshine

Le pathos à l'extrême. Quand l'accumulation des malheurs du personnage principal (une jeune veuve retournant vivre dans la ville natale de son époux) nuit à toute notion de vraisemblance. Quand la longueur des plans n'apporte aucune poésie. Quand le scénario souffre d'une paresse sans égale.
Le genre de film qui trouvera grâce auprès de certaines soi-disant élites parisiennes, un exotisme de façade .... pour pas grand-chose.
Secret sunshine est un film .... dispensable
BI

08 novembre 2007

Eleanor Rigby

Dernière livraison (en France du moins) du canadien Douglas Coupland, catapulté icône grunge dès son premier roman Generation X (1991), Eleanor Rigby n'a pas seulement emprunté à la perle pop des Beatles son nom. Obsédé par la communication, les mass médias et la société de consommation, Coupland lui-aussi glisse peu à peu, au fil de la parution de ses romans, vers des thêmes plus intemporels, comme la mort et la transmission.
Inutile de raconter ce livre (dans lequel, au final, il ne se passe pas grand-chose). Disons seulement qu'une quadra très enrobée à la vie réglée et ennuyeuse voit un jour un fils d'une vingtaine d'années débouler dans sa vie.
Ce qui fait la force de Coupland, c'est sa facilité à rentrer dans les personnages, dans leurs travers, leurs défauts, leur humanité, sa capacité à nous faire comprendre leur point de vue, sans moralisme, et avec une bonne dose d'humour.
BI

21 octobre 2007

Fetish by Lynch/Louboutin

Belle exposition : David Lynch photographie des chaussures fétichistes de Christian Louboutin. Par le recours à une double exposition quasi systématique, Lynch recrée l'atmosphère onirique de ses films. Chaussures in-marchables, sans doute, mais peu importe, ce n'est pas là leur fonction. Révélées par la plastique de deux danseuses du Crazy Horse, les créations de Louboutin donnent à rêver. L'exposition se tient à la galerie du passage, et les clichés sont en vente.

BI

This is England

Chronique de la dérive d'un pré-adolescent dans les années Thatcher, sous fond de guerre des Malouines (les Falklands).
Les acteurs sont amateurs, le réel s'immisce partout. Le scénario, autobiographique (le réalisateur, Shane Meadows est un ancien skinhead), donne au personnage principal, Shaun, un père tombé à la guerre. Il est interprété par un acteur dont la mère était mourante durant le tournage (le film lui est dédié).
On pourra se demander une fois de plus pourquoi nous sommes incapables de produire de telles fictions en France, des films au contenu fort, de vrais sujets sociaux, politiques, historiques. This is England aurait pu sombrer dans la caricature, il n'en est rien. La culture skinhead y est approchée dans sa globalité : les liens avec certaines cultures métissées puis la dérive vers un nationalisme qui propose des solutions simples à des problèmes complexes (le chômage).
Le film se termine par un accident tragique et la rédemption de Shaun, l'idée qu'un drame peut se révéler positif.
Un très beau film
BI

Initiation à la franc-maçonnerie

Si comme moi vous vous intéressez à la franc-maçonnerie, si vous souhaitez tenter d'y voir clair entre ésotérisme de façade, club de réflexion et réseaux affairistes, ce livre donne - de l'intérieur - une vision synthétique de la franc-maçonnerie, tant au niveau de ses origines historiques que de sa réalité actuelle.

Quelques reproches : certains chapitres se résument à deux phrases très générales (on imagine que cela est souhaité, dans une optique franc-maçonne où les choses ne sont pas données en bloc, mais où des indices sont censés permettre au lecteur d'engager une réflexion personnelle), le livre manque d'illustrations - qui auraient été utiles pour analyser la symbolique des loges, et surtout, l'ouvrage pêche par un manque de sens critique et de documentation sur les periodes troubles de la franc-maçonnerie (les franc-maçons illustres sont cités mais rien, par exemple, sur la loge P2).

BI

L'âge des ténèbres

Denys Arcand n'a pas une vision propre de l'esthétique cinématographique. Nul discours théorique, nul vocabulaire original. Son dernier film n'a, de ce côté-là que peu d'intérêt. On y cherchera vainement la moindre trace de volonté picturale. L'intérêt de l'Age des ténèbres est autre : le film propose la vision cauchemardesque (cauchemardée?) de l'extension du politiquement correct et de sa novlangue comme dirait Dantec, dont on comprend mieux, à la vision du film, l'effroi (cf son journal) devant la société québecquoise.
Le film relate la dérive d'un fonctionnaire de l'administration québecquoise : Jean-Marc se réveille un jour et constate qu'il est passé à côté de sa vie, entre une femme obnubilée par ses performances professionnelles, des enfants indifférents, un travail auquel il ne croit plus, une maison en banlieue qui l'oblige à passer son temps dans les transports. Il s'évade en pensée, peuple ses fantasmes de stars inaccessibles. Mais le quotidien et son absurdité (les scènes au cours desquelles il reçoit des accidentés de la vie sont savoureuses), la mise en place d'une pensée et d'une langue politiquement correctes dont l'humour est absent, tout cela le poussera à rompre avec sa vie, à tenter d'échapper enfin, si c'est encore possible, à cette mise en place d'une morale totalitaire au sens propre du terme.


Un film imparfait mais qui donne à penser.


BI

24 septembre 2007

La chouette aveugle


Sadegh Hedayat s'est suicidé à Paris le 9 avril 1950 après une vie toute de modestie, d'indépendance, de discrétion. La vie de souffrance d'un être qui n'acceptait pas les compromis.
Difficile, lorque l'on ne connait pas la littérature persane, de décrypter la richesse d'une oeuvre qui met en jeu des concepts et des images qui nous sont inconnus. La chouette aveugle est un texte baigné de désespoir, un désespoir qui emprunte ses armes au fantastique (on pense à Poe), à l'horreur (Lovecraft) ou à la poésie symboliste.
Entre rêve et réalité, un voyage dans un espace-temps beau mais parfois hérmétique.

BI


23 septembre 2007

Vampirismes germanopratins

Nous avions descendu en flêche L'enfant d'octobre de Philppe Besson, sorte de récit romancé de l'affaire Grégory. Cette semaine, Philippe Besson a été condamné à verser des indemnités à la famille Villemin. Cette condamation intervient dans le contexte d'une multiplication des actions en justice d'acteurs volontaires ou involontaires de faits divers contre des écrivains souvent parisiens, qui tendent à faire passer leur vision personnelle de ces affaires pour des enquêtes journalistiques, des compte-rendus de la vérité. Véritables équivalents de la docu-fiction qui s'est emparée du petit écran, ces livres démontrent une fois de plus l'absence totale de fond de nombre de nos écrivains mondains. Quand on ne vit rien d'intéressant, difficile de parler de soi (certains restent néanmoins braqués sur leurs nombrils "engagés"), alors pourquoi ne pas parler des pauvres et se prendre le temps de quelques pages pour un Zola moderne ?
L'inénarrable Mazarine ne s'en est pas privée avec son "cimetière des poupées", où elle se permet de fantasmer l'histoire de Véronique Courjault, cette mère infanticide qui conservait ses enfants dans un congélateur.
Bon appétît.
BI

18 septembre 2007

Rock'n'roll

Comment exposer la musique ? Comment donner corps à un art éminemment abstrait? L'écueil est rarement évité, on se retrouve souvent face à une collection d'objets autour de la musique mais ne disant rien de son essence. Suivant les cas, on défile devant des pochettes de disques, des instruments, des tenues de scène.... l'exposition Rock'n' roll que propose la Fondation Cartier ne déroge pas à la règle. Fétichisme des objets, des pochettes, du look des années 50. Chromes, blue suede shoes, micros vintage... tout cela ne dit pas grand chose de la musique.
Heureusement, des casques sont disséminés sur les murs, nous permettant de nous immerger dans le son d'une époque.
Tout ça manque de fond. Un film, amusant, est présenté, cnesé, à l'image de l'exposition, nous expliquer les débuts du rockn' roll. Mais c'est presque à une génération spontanée à laquelle on a droit. Très peu d'explications sur les origines, presque rien sur la dissociation entre les hit-parades noirs et blancs et la récupération des musiques noires par des artistes blancs (il aurait fallu rappeler que pendant les années 50, les noirs américains vivaient encore une ségrégation comparable à celle des sud-africains plus tard), quelques inexactitudes (le rock'n roll dérivé des gospels, et étrangement rien sur le blues)...
En bref, une exposition un peu légère à tous points de vue.

BI

08 septembre 2007

Friendly fire

Au premier abord, les chansons de Friendly Fire paraissent suaves, presque mièvres. On reconnait quelque chose dans la voix, une parenté très pop. Peu à peu, les mélodies se complexifient, un dose d'ambigüité s'immisce, une fantaisie très second degré.


On aimerait en dire du mal, ranger l'artiste au rayon des fils de..., mais tout cela respire l'intelligence et l'humour.

Sean Lennon nous sert au final un album envoutant, dont les titres, entre héritage familial (la voix rappelle parfois vraiment celle de John) et collaborations francophiles (l'Eclipse avec M., en bonus sur l'édition française) ne nous quittent pas, rythment nos jours d'une mélancolie douce.

Le bonheur d'être triste : le fado ou le blues à la sauce Sean.

BI

PS: le CD est accompagné d'un DVD des clips des chansons, sorte de fantaisie homemade, truffé d'apparition de people amis, dans un climat très cirque.



02 septembre 2007

Boarding gate

Le genre de film que vous allez voir alors que tout le monde vous en dissuade, et peut-être pour ça. Malheureusement, cette fois-ci, vous auriez mieux fait d'écouter vos amis.

J'ai un problème avec le cinéma d'Assayas. Cinéma très parisien, prétentieux, creux, dénué de chair; Cinéma poseur, esthétisant sans jamais éveiller la moindre sensualité. Destroy de pacotille, overdoses sur papier glacé, meutres sans émotions.

Comme toujours, disparition de la figure masculine : les hommes sont tous lâches et les femmes doivent mener l'intrigue. Ce qu'elles ne font pas non plus.

Plans interminables (on voudrait sans doute se rapprocher d'un certain cinéma d'auteur mais l'ennui ne fait pas la Nouvelle Vague), accumulation de clichés dont Assayas est coutumier (pourquoi ses personnages et leurs dialogues sonnent-ils toujours faux, comme sonnaient faux les discussions autour/avec les labels dans Clean ?).

Asia Argento joue toujours le même rôle de la fille camée, vénéneuse-mais-qui-au-fond-a-des-sentiments. Michael Madsen (Kill Bill, Reservoir Dogs) ne parvient pas à donner de l'épaissseur à son personnage.

Une intrigue (une histoire de came) sans intérêt, quelques jolies filles mais pas Maggie Cheung.

Un désastre. Seule chose à sauver (et c'est assez rare dans le cinéma français mais peut-on encore parler de cinéma français dans cette coproduction mondialisée) : la photo.

BI

19 août 2007

Le monde du blues

Même pour le passionné de blues, il peut paraitre difficile de rentrer dans cet ouvrage. Paul Oliver y retrace l'existence, pour ne pas dire l'histoire, des noirs américains, illustrant ses propos des textes de chansons enregistrées. Il faut donc avaler ce livre sans trop d'arrêts, laisser l'histoire nous submerger, assister à la révélation d'atrocités (le Klan) , d'anecdotes... Le livre est écrit au début des années soixante, alors que les noirs américains, théoriquement libres, vivent une situation d'apartheid, que le free jazz entame la révolte, et que Martin Luther King prêche la résistance non-violente. D'histoires de bordels à la vie en prison, de femmes infidèles aux joueurs de cartes, on assiste au passage d'une société rurale (le Sud) à une société urbaine.
Le monde du blues est un livre majeur, sans aucun angélisme - il n'y a pas les gentils noirs et les méchants blancs -, mais parfois entaché des préjugés de son époque. L'homosexualité y est ainsi décrite comme un vice d'une gravité extrême, ce qui, rétrospectivement, nous montre le chemin parcouru et signale comment le victimisme de certaines minorités actuelles est proche du ridicule.

On peut regretter qu'il n'y ait pas (à ma connaissance) d'édition de l'ouvrage accompagnée d'un CD des blues cités, ce qui permettrait d'entreprendre ce long voyage en musique.

BI

15 août 2007

Qui connaît Madame Royal ?

Eric Besson, économiste socialiste chargé du chiffrage du programme de la candidate, a quitté le navire avant qu'il ne sombre, dénonçant l'incompétence, la démagogie et l'autoritarisme de celle qui se voyait comme la mère de tous les français (j'ai déjà glosé sur ce vocabulaire néo-pétainiste).

Le livre publié par le Seuil regroupe des entretiens avec Claude Askolovitch (Nouvels Obs), qu'on ne peut pas taxer d'anti-socialisme primaire.

Nous sommes quelques-uns à avoir échappé in extremis au vote Royal, à avoir ressenti un vrai malaise devant une candidate dont nous soupçonnions qu'elle était tout autre chose que ce qu'elle voulait nous présenter.

Besson nous révèle l'ampleur du malaise au sein du PS. Il parle finalement moins de Royal que du clivage entre son équipe et le reste du Parti Socialiste. Entre la figure d'un Hollande incapable de trancher, les vieux amis qui poignardent Besson dans le dos, les mensonges à répétition de la candidate, ses bourdes révélatrices, l'entretien complète utilement La femme fatale que nous avons chroniqué ici.

Dans Qui connaît Madame Royal ? Besson met spécifiquement l'accent sur la prétention participationniste de Royal, et la manière dont tout cela n'a servi qu'à justifier un discours pré-établi. Besson finira par démissionner, songera à se retirer pour toujours de la politique, avant d'être accueilli par le camp d'en face, comme beaucoup d'autres.
Jamais candidat socialiste n'aura suscité une telle désaffection des intellectuels, dans un pays où, pourtant, ne pas être de gauche est considéré comme un manque de gout lorsque l'on paye l'ISF.

BI

ps: vidéo de Besson sur son livre